Qui est Malinovskyi, le nouvel olympien ?

Remarqué en Ligue Europa l’an dernier pour son opposition à l’invasion russe, le milieu de l’Atalanta avait depuis disparu des radars. En manque de temps de jeu à Bergame, il avait été annoncé à l’OM en début de saison mais son transfert vient seulement d’être bouclé. L’officialisation a enfin eu lieu hier après-midi.

Ruslan Malinovskyi avec l’Atalanta, sa patte gauche et sa frappe contre l’Inter (2-2 en 2021), spécialiste des frappes de loin (source : The Cult of Calcio)

De Jytomyr à Marseille, la trajectoire magnifique de Ruslan Malinovskyi

Quelle place réserver à la nouvelle recrue ukrainienne dans le club phocéen ? Non titulaire dans la formation trop méconnue qu’est l’Atalanta Bergame, peu pourraient se prononcer sur la pertinence du choix Malinovskyi. Grand amateur de Série A, le Club115 se propose de dessiner les contours d’un homme que nous avons adoré voir évoluer en Lombardie, même si son passage laissera un goût d’inachevé.

Portrait d’un joueur spectaculaire pour un club légendaire

Impossible de ne pas revenir sur l’identité de Ruslan Malinovskyi. Né en Ukraine occidentale, dans l’oblast de Jytomyr, sa découverte du monde du football fut aussi délicate que sa situation récente à Bergame. Après des premières gammes dans le club de sa ville natale, l’adolescent de l’ouest part dans la partie orientale du pays se former au Shakhtar Donetsk. Il n’aura jamais l’opportunité de graver son empreinte dans cette institution consacrée par la victoire en finale de l’Europa League en 2009.

Malinoskyi en Jupiler League sous le maillot de Genk, contre le FC Bruges (source : Futbolgrad)

Prêt à se lancer en tant que professionnel en 2012, il enchaîne les prêts à Sébastopol et à Louhansk. En Crimée, il marque son premier but sous son nouveau statut mais ne restera qu’une saison, à la veille de l’intervention russe dans la péninsule.

A l’abri du conflit même en restant deux ans de plus à l’est, Malinovskyi poursuit donc sa route au Zorya Louhansk. Auteur de 13 réalisations, le joueur au pied de gauche soyeux assiste également à la proclamation de la République Populaire de Lougansk et de son ancienne ville, Donetsk. Ses performances lui valent d’être repéré par le KRC Genk chez qui il est aussi prêté en 2016.

En Belgique, il fait trois années pleines (champion en 2019) , marquant 23 buts en pratiquement cent matchs. Affolant ainsi les compteurs, les grands championnats se penchent sur son cas et c’est l’Atalanta qui le fait venir pour 13 millions d’euros. Désireuse de se préparer à la Ligue des champions, la Dea voit en l’Ukrainien un bon appui ou une doublure de luxe du slovène Josip Illicic, gaucher technique et doté d’une bonne frappe. Mais il ne gagnera jamais la confiance totale du coach Gasperini en trois ans.

Des débuts bergamasque romantiques…

Bien que solidement ancré dans le projet du club lombard, Ruslan Malinovskyi a fait les frais de la politique de rotation affectionnée par Gasperini. Il joue son premier match complet contre la Fiorentina à la 4e journée, il est reconduit ensuite contre la Roma mais peine toujours à se montrer tranchant. Titulaire pour la première fois en C1 contre Manchester City, il inscrira son premier but dans la compétition, sans que cela ne l’immunise.

Abonné aux entrées en cours de partie, Malinosvkyi marque en décembre ses deux premiers buts en championnat, coup sur coup. Dans la foulée, il délivre une passé décisive pour l’ultime match de qualification en Champions, entérinant la qualification inespérée de son équipe… contre son concurrent le Chakhtar qu’il élimine par la même occasion. Déclic ? En quelque sorte, puisqu’il prodigue sa première « assist » en Série A peu de temps après, contre l’Inter !

L’Ukrainien monte en puissance et s’illustre en fin de saison, empilant buts et passes dé’ (6 et 4 en 15 rencontres), plus beaux les uns que les autres. Et ce face à des équipes rivales pour le titre ou la qualification européenne (Fiorentina, Lazio, Juventus), contribuant notoirement au nouveau billet obtenu pour la C1 à l’issue de cet exercice 2019-20.

… mais une suite contrastée

Lors de la deuxième année dans le nord de l’Italie, il réhaussera encore ses standards – 10 buts et 13 assists. Il marque quatre buts en Champions League et surtout, un très important en finale de coupe nationale (perdue au profit de la Juve). Il finit meilleur passeur du calcio. Enchaînant à nouveau une troisième saison dans un club, ce ne sera malheureusement celle de la confirmation de la tendance irrégulière de Ruslan Malinoskyi. La guerre en Ukraine n’est pas à exclure de ce constat.

L’Ukrainien fêtant son but de l’égalisation contre la Juventus Turin en finale de Coppa Italia 2021 (source : Football Italia)

Malgré les tragiques événements documentés à partir de février dernier, le milieu ukrainien est resté fidèle au poste et a même été l’acteur principale de la qualification à Athènes. En célébrant son doublé contre l’Olympiakos en C3, il enlève son maillot révélant un marcel blanc à message : « No war in Ukraine ». Cette prise de position a ému le monde entier, assistant à la courageuse réaction d’un Malinovskyi manifestement bouleversé par le contexte.

Au terme de ce qui sera sa dernière saison complète, il réussira tout de même à inscrire autant de buts qu’en 2021 et sera aussi l’objet de nombreuses convoitises, dont l’Olympique de Marseille. La rumeur de son arrivée dans les Bouches-du-Rhône fit frémir les supporters fin août, alors qu’il venait d’inscrire un but crucial contre le champion en titre milanais. Les négociations semblaient ensuite tomber au point mort, mais le mercato suivant nous a offert un beau rebondissement.

Malinosckyi et son coéquipier Mehri Demiral affichant leur soutien à l’Ukraine lors du match contre l’Olympiakos le Pirée (source: Insider)

Quel rôle lui donner à l’OM ?

En tant que milieu relayeur-offensif, Malinovskyi pourra incarner une fonction particulière dans les rangs marseillais. Peu de profils comme lui ont arpenté la pelouse du Vélodrome. Il ne fera pas figure de remplaçant à un Amine Harit blessé, et se situe en fait entre les lignes des milieux de l’effectif, tel un véritable trequartista. Avec sa lourde frappe capable de mystifier n’importe quel gardien, il apportera une précision technique et un danger permanent, même à longue distance.

Ruslan Malinovskyi avec l’Ukraine, ici célébrant le but de Yaremchuk après sa passe décisive contre les Pays-Bas (source : 90min)

Certifié de Serie A, on peut lever certains doutes sur son aptitude physique dans notre championnat réputé pour sa forte intensité. Cependant, n’oublions pas que l’ancien bergamasque n’a pas l’habitude de débuter ou finir les matchs. Il débarque sur la côte avec un faible temps de jeu, compromis notamment par l’absence au mondial de l’Ukraine que Malinovskyi n’a pu qualifier. On tentera sûrement du coté d’Igor Tudor de le faire évoluer à un poste où Ünder n’a pas réussi à s’imposer, en milieu offensif droit.

Quoi qu’il en soit, les aficionados de Marseille ont toutes les raisons d’être ravis de la recrue. Elle possède un beau standing, une belle expérience en coupe d’Europe (surtout en C3 où Marseille a su maintes fois se distinguer) depuis Genk, et dans un championnat majeur. Il saura débloquer certaine parties fermées, typiques de Ligue 1, et donnera ce sens du spectacle aux spectateurs phocéens qui en sont tellement friands. Les fans de foot neutres ont aussi hâte qu’il commence !

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